13/07/2009

Paysage...

Fenêtre rocheuse sur l'arête de la Punta Basei, Valle dell'Orco, Parc National du Grand Paradis, Italie. Une vision sur d'autres possibles.

Dans les montagnes suisses depuis que je sais marcher – et même avant, mais les souvenirs ne portent pas si loin… – j’ai longtemps associé les mots ‘paysage’ et ‘Alpes’. Je me suis cependant rendu compte il y a quelques années que cette association, réductrice en soi, l’était également pour moi. Ce n’est pas l’arc Alpin qui crée mon paysage, mais le relief dans une de ses caractéristiques les plus élémentaires : la verticalité. Si les Alpes avaient pris une telle place dans ma construction du paysage, c’est qu’elles représentent au quotidien l’expression de cette verticalité. Par beau temps, lorsque je regarde le lac de Neuchâtel en direction du Plateau, l’œil peut s’arrêter sur une succession de plans qui s’étendent au-delà du lac : les petites collines du Plateau, les Préalpes et, au fond, les Alpes. Le relief structure ainsi l’espace et donne à voir de nombreux lieux, plus ou moins élevés et plus ou moins lointains, où l’on pourrait se tenir : l’œil voit une multitude de possibles.

Je n’ai pris conscience de l’importance que revêt la verticalité dans ma construction mentale du paysage qu’après avoir un peu voyagé : une impression d’incomplétude me suivait presque partout où je me rendais, identique en des lieux pourtant très différents. Que je sois dans une grande ville, dans les brouillards de la plaine du Pô ou sur une route aussi plate que droite dans le centre de la Thaïlande, il manquait toujours quelque chose, qui est longtemps resté indéfinissable.

Avec le recul, j’ai réussi à poser le diagnostique : averticalisme chronique. Je comprenais enfin cet irrésistible besoin que j’ai, dans chaque grande ville, de monter sur un édifice élevé… pour voir. Mais voir quoi ? Paris, Berlin, Londres, Oxford : rien n’arrête le regard. Freiburg im Breisgau : à peine quelques collines recouvertes de forêt. Milan, Wien et Nîmes : le promontoire était trop bas… L’œil est chaque fois redescendu sans avoir pu assouvir sa faim de possibles.

Absente pour quelques jours ou quelques semaines, c’est à chaque fois le même émerveillement lorsque je rentre en Suisse. Au sommet d’une montagne dès que j’en ai la possibilité, je contemple de mon point culminant le paysage, heureuse de pouvoir nommer les lieux qui m’entourent. L’espace familier se partage entre souvenirs et endroits encore inconnus : à nouveau située dans un paysage, je peux repartir, rassurée.

Aurélie

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